Avenir de l’hydrogène comme carburant : Réponses et perspectives

0,4 %. C’est la part des véhicules à hydrogène dans la production mondiale en 2023. Le chiffre claque, sec, presque anecdotique face à la vague des batteries électriques qui submerge le marché. Pourtant, loin de la lumière des projecteurs, des constructeurs y croient, des consortiums s’organisent, et des plans industriels s’écrivent sur plusieurs décennies. Pendant ce temps, la logistique teste des camions à pile à combustible, l’aéronautique assemble des prototypes de moteurs au gaz, et les politiques publiques tracent la voie. Ambitions affichées, critiques persistantes : le débat sur l’hydrogène ne faiblit pas.

L’hydrogène dans les transports : où en est-on aujourd’hui ?

Dans le secteur du transport, l’hydrogène intrigue autant qu’il divise. La voiture hydrogène reste une rareté sur nos routes, loin derrière l’essor fulgurant des modèles électriques à batterie. Pourtant, la pile à combustible hydrogène a de solides arguments : ravitaillement express, autonomie qui dépasse les 500 kilomètres, et pour tout rejet, de la vapeur d’eau. Sur le terrain, le déploiement reste timide. Début 2024, moins de 300 stations hydrogène étaient ouvertes en Europe, dont à peine une trentaine en France. On est loin du réseau dense nécessaire pour un véritable décollage.

Mais la transition énergétique avance sur d’autres fronts. Des bus hydrogène roulent à Pau, à Auxerre, ou dans d’autres agglomérations françaises. Alstom a lancé un premier train hydrogène en Allemagne, et le test en France est en cours. Même l’aviation s’y met, avec des prototypes d’avions régionaux équipés de pile à combustible. Les perspectives de réduction de l’empreinte carbone existent, à condition de réussir un déploiement hydrogène renouvelable massif. C’est là que le bât blesse.

L’obstacle, c’est l’infrastructure. Installer une station coûte cher, distribuer et produire de l’hydrogène décarboné à grande échelle reste un défi technique et économique. Les fonds publics affluent, mais le réseau français n’en est qu’à ses débuts. Les industriels avancent avec prudence, pesant chaque euro investi face à la concurrence des batteries et des biocarburants.

Quels avantages et limites face aux autres carburants ?

L’hydrogène se démarque dans le débat énergétique : en pile à combustible, il génère de l’électricité sans émissions directes de gaz à effet de serre. Un avantage net face aux énergies fossiles comme l’essence, le diesel ou le gaz naturel, qui continuent d’alimenter les émissions de CO₂. La transition énergétique cherche des solutions fiables et propres. Dans ce contexte, l’hydrogène comme carburant se présente comme un levier de décarbonation, surtout si sa fabrication repose sur l’électrolyse de l’eau alimentée par des énergies renouvelables.

La réalité, aujourd’hui, est moins reluisante. Près de 95 % de l’hydrogène produit dans le monde provient du vaporéformage du gaz naturel, un procédé qui relâche beaucoup de CO₂. L’hydrogène décarboné issu de l’électrolyse eau électricité renouvelable reste très minoritaire, car il coûte cher et les infrastructures font défaut. La course à la compétitivité est lancée face à l’électrique batterie et aux biocarburants.

Voici un aperçu des points forts et points faibles qui structurent le débat autour de l’hydrogène :

  • Avantage : aucune pollution locale à l’échappement, et une flexibilité intéressante pour les véhicules lourds et ceux qui parcourent de longues distances.
  • Limite : la production reste majoritairement carbonée, le rendement énergétique est encore inférieur à celui des batteries, et la distribution pose de nombreux problèmes techniques.

Pour que la transition énergétique hydrogène prenne, il faudra réussir à produire massivement de l’hydrogène décarboné et adapter tout le réseau. Sinon, l’hydrogène pourrait bien rester cantonné à quelques usages spécialisés, loin du grand basculement promis.

Panorama des projets et initiatives en France et dans le monde

La filière hydrogène s’anime sur tous les continents. En France, le gouvernement a lancé un plan ambitieux pour bâtir un écosystème industriel, avec l’objectif d’atteindre plusieurs gigawatts de production hydrogène décarboné à l’horizon 2030. Plusieurs projets de production émergent à Fos-sur-Mer, Dunkerque ou dans la vallée de la chimie près de Lyon. En parallèle, la création de stations hydrogène progresse, notamment sur les grands axes routiers.

L’Europe n’est pas en reste. Le projet HyDeal Ambition réunit industriels et énergéticiens pour structurer une chaîne complète de production, transport et distribution d’hydrogène renouvelable à l’échelle européenne. L’Allemagne investit massivement dans les électrolyseurs et développe un réseau de stations hydrogène dédié aux mobilités lourdes, du fret routier aux trains régionaux.

Hors Europe, la dynamique se retrouve en Australie, aux États-Unis ou au Japon. L’Australie mise sur ses ressources renouvelables pour exporter de l’hydrogène vers l’Asie. Outre-Atlantique, les États-Unis créent des hubs régionaux, tandis que le Japon fait de l’hydrogène comme carburant la pierre angulaire de sa stratégie industrielle.

La multiplication des projets pilotes et l’arrivée de capitaux témoignent d’un mouvement mondial. Le passage à l’industrialisation, indispensable pour changer d’échelle, dépendra de la capacité à produire de l’hydrogène décarboné à un coût compétitif, et de la fiabilité des infrastructures à venir.

Jeune femme présentant une pile à hydrogene en intérieur

Vers un futur durable : quelles perspectives pour l’hydrogène dans la mobilité ?

Le déploiement de l’hydrogène comme carburant dans la mobilité fait bouger les lignes. Les ambitions sont claires : concrétiser la transition énergétique, intégrer l’hydrogène décarboné dans les usages quotidiens, et bâtir une industrie créatrice d’emplois et d’innovations. L’enjeu dépasse le simple remplacement du diesel ou de l’essence. Il s’agit d’installer une nouvelle chaîne de valeur autour de la production, distribution et stockage de l’électricité sous forme d’hydrogène.

Sur le terrain, des bus hydrogène et trains hydrogène circulent déjà en France et en Europe. Leur autonomie et la rapidité du plein séduisent. Pour les camions, la logistique ou le fret ferroviaire, l’hydrogène apparaît comme une vraie solution, là où les batteries montrent leurs limites. Sur le marché des voitures particulières, la voiture hydrogène reste marginale, mais l’évolution mondiale pourrait accélérer la chute des coûts de la pile à combustible.

Le succès du déploiement hydrogène passera par une collaboration étroite entre énergéticiens et industriels de la mobilité. En France, les démonstrateurs se multiplient, les partenariats se nouent, le réseau de stations hydrogène se densifie peu à peu. Les investissements dans la production hydrogène décarboné et le développement des énergies renouvelables dessinent l’avenir du marché. Pour que la filière tienne ses promesses, il faudra anticiper la demande en compétences, miser sur la formation et encourager l’innovation collective.

Si la route vers la mobilité hydrogène est encore longue, chaque station ouverte, chaque prototype lancé, chaque gigawatt produit rapproche un peu plus cette alternative du quotidien. La question n’est plus de savoir si l’hydrogène trouvera sa place, mais à quelle vitesse il comptera vraiment dans le paysage de la mobilité de demain.

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